Accord israélo-jordanien sur l’eau : la Mer Morte n’est pas encore sauvée

Touristes se baignant dans la Mer Morte - Kaye LaFond / Circle of Bluee

Israël et la Jordanie ont signé en février un accord pour partager l’eau, mais ce n’est pas encore le sauvetage de la Mer Morte prévu dans l’accord préalable.

En décembre 2013, des représentants d’Israël, de l’Autorité palestinienne et de la Jordanie avaient signé un accord de principe afin de partager les ressources en eau et sauver la Mer Morte. Cet accord ne prévoyait le transfert que d’un dixième de l’eau qui avait été prévue dans la proposition initiale de 2005, soutenue par la Banque Mondiale.

Le traité binational qui a été récemment signé en Jordanie définit en détail comment cet accord sera mis en œuvre, et donc les volumes d’eau fraiche qui seront partagés entre la Jordanie et Israël et le volume d’eau salée qui sera transporté vers la Mer Morte.

La réalisation coûtera 900 millions de dollars, incluant une usine de dessalement de l’eau de mer en Jordanie sur les rives de la Mer Rouge, alimentant en eau fraiche le sud de la Jordanie et le sud d’Israël. En échange, Israël fournira plus d’eau à la Jordanie à partir du Lac de Tibériade. Le traité prévoit également que les saumures résultant du dessalement seront mélanges à de l’eau de la Mer Rouge et transportées vers la Mer Morte par une canalisation de 180 km.

Les 100 millions de m3 ainsi apportés par an ne seront pas suffisants pour arrêter l’assèchement de la Mer Morte, qui aurait besoin de 800 million de m3 par an pour être simplement stabilisé. Le lac salé, qui attire des millions de touristes et fait vivre un écosystème unique, perd actuellement un mètre de profondeur par an.

Le plan initial prévoyait un aqueduc capable de transporter 2 milliards de m3 d’eau par an de la Mer Rouge vers la Mer Morte. Le projet global incluait une grande usine de dessalement de l’eau de mer et une station hydro-électrique près de la Mer Morte. Les évaluations de coût variaient entre 10 milliards et 33 milliards de dollars.

Dans l’accord signé à ce jour, la Jordanie pompera dans le port d’Aqaba 200 million de m3 d’eau de mer par an, qui alimenteront l’usine de dessalement. Celle-ci produira de 80 à 100 million de m3 d’eau fraiche dont la moitié environ sera vendue à Israël. Les saumures ainsi produites et le reste de l’eau de mer seront mélangés et transportés par une canalisation vers la Mer Morte. L’accord prévoit également qu’Israël vendra 50 millions de m3 d’eau fraiche par an à la Jordanie et 25 à 30 million de m3 par an à l’Autorité palestinienne, en provenance du Lac de Tibériade.

Cette première phase du projet permettra de tester l’impact sur l’écosystème de la Mer Morte du mélange des eaux des deux mers en grandeur réelle, ce qui était un souci majeur pour les écologistes. Mais cela signifie que le grand projet “Red-Dead” qui pourrait sauver la Mer Morte n’est pas encore en cours de réalisation. Ce que ce traité a prévu ne permettra que de ralentir légèrement la fin de la Mer Morte.

Difficultés environnementales et économiques

Les grandes lignes du projet originel de 2005 prévoyaient le transfert de 2 milliards de m3 par an et les trois entités qui l’avaient approuvé demandèrent l’aide de la Banque Mondiale pour évaluer les impacts environnementaux et sociologiques du projet. Celle-ci publia en 2012 les conclusions de cette étude ainsi que celles d’une étude des alternatives possibles.

L’un des risqué identifies par l’étude est que le mélange saumure-eau de la Mer Rouge est encore à un taux de sel inférieur à celui de la Mer Morte ce qui peut provoquer une stratification d’eaux de salinité et donc de densité différentes. Cela peut entraîner le développement anarchique d’algues et la formation de cristaux de gypse à la surface de l’eau.

Le second problème était celui de l’incertitude sur les coûts globaux du projet: les évaluations variant de 10 à 33 milliards de dollars. Il fut donc décidé que le projet actuel d’aqueduc entre la Mer Rouge et la Mer Morte servirait d’étude pilote pour le projet global : en plus des détails techniques mentionnés dans le traité actuel, il y aura la création d’un centre de recherche scientifique pour étudier les impacts réels du mélange dans la Mer Morte.

L’un des avantages secondaires de cet accord est qu’il sert aussi de comité du partage de l’eau entre les trois entités, ce qui, dans le contexte actuel, est plutôt bienvenu. D’où l’importance politique de conserver le nom de “Red-Dead” pour le projet actuel.

L’association EcoPeace, créée par FoEME (Friends of the Earth-Middle East), association israélo-jordano-palestinienne, applaudit le traité signé par la Jordanie et Israël car c’est un important accord de partage de l’eau. L’idée même d’échange entre les deux pays est saine, économique et écologique et EcoPeace voudrait obtenir que le véhicule par lequel l’eau qu’Israël donnera à la Jordanie dans le nord, en échange de cette reçue dans le sud d’Israël, se fasse en utilisant le Jourdain lui-même et non une nouvelle canalisation à construire. Le flux du fleuve n’est plus à ce jour que 5% de ce qu’il était à l’origine.

Adapté par Norbert Lipszyc de : http://www.circleofblue.org/waternews/2015/world/israel-jordan-agree-share-water-fall-short-saving-dead-sea/

Pour en savoir plus : http://www.jpost.com/Israel-News/New-Tech/Israel-Jordan-sign-historic-plan-to-save-Dead-Sea-392390

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