COP21 : Israël fait la promotion du solaire aux pourparlers de Paris

Le plus grand champ solaire d'Afrique orientale, installé au Rwanda par Gigawatt Global. (Sameer Halai/Usaid)

La délégation israélienne forte de 50 personnes à la conférence sur les changements climatiques montrera comment la technologie bleu et blanc peut réduire les émissions de gaz

Israël espère mettre en valeur son expertise en matière de technologie verte, en mettant l’accent sur l’énergie solaire, comme une solution majeure au réchauffement climatique au cours du sommet des Nations unies sur les changements climatiques qui se tient à Paris à partir de dimanche, selon un membre de la délégation.

Le but de la 21e conférence des parties (COP21) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques est d’obtenir que tous les 166 pays membres de l’ONU signent un accord contraignant qui maintiendra le réchauffement climatique en dessous d’une augmentation de deux degrés Celsius au cours du siècle prochain.

Une hausse globale de deux degrés est considérée comme un point de basculement qui mènerait à des catastrophes environnementales géneralisées.

Des centaines de dirigeants se réuniront à Paris pour le sommet afin d’essayer d’élaborer un accord plafonnant les émissions pour tous les pays et de rechercher des solutions créatives pour stopper le réchauffement de la planète.

« La délégation israélienne se focalise principalement sur l’innovation israélienne qui peut aider tous les pays à atteindre leurs objectifs de développement et de réduction, » a déclaré avant son voyage au Times of Israel Yosef Abramowitz, le PDG de la société d’énergie solaire Gigawatt Global et membre de la délégation israélienne.

Abramowitz est un pionnier dans l’industrie de l’énergie solaire israélienne avec l’Arava Power Company, qui est responsable de nombreux champs solaires dans la région. Son entreprise, Gigawatt Global, a installé en février un champ solaire au Rwanda, le plus grand d’Afrique orientale.

La délégation israélienne doit aussi expliquer pourquoi, en dépit de l’accent mis sur l’expertise technologique, Israël s’est seulement engagé sur un taux de 17 % de l’énergie provenant de sources renouvelables d’ici à 2030.

Ce chiffre est le même que pour les autres pays développés, mais faible pour un pays qui prétend disposer d’une telle technologie de pointe. Le gouvernement a affirmé que cela est dû aux coûts élevés de sécurité, à la situation géopolitique, ou à l’absence d’énergie géothermique. Les États-Unis visent 28 % d’énergie provenant de sources renouvelables d’ici 2030.

Actuellement, seulement 2 % de l’énergie du pays provient de sources renouvelables, en l’occurence du soleil.

Bien que l’énergie éolienne pourrait être économiquement viable dans certaines parties du pays, la position d’Israël le long d’une route migratoire pour les oiseaux rend intenable du point de vue de l’environnement l’installation de grandes éoliennes, selon Abramowitz. Quant au taux de 2 %, « nous pouvons certainement faire mieux que ça, » a-t-il ajouté.

Mais alors que l’ensemble du pays a un long chemin à faire, la région de la Arava a pris une longueur d’avance en termes d’énergies renouvelables.

À l’heure actuelle, 60 % de l’énergie pour la région entre Eilat et la mer Morte provient de l’énergie solaire, a dit Abramowitz. En 2020, 100 % de la consommation d’énergie diurne dans cette région viendra de l’énergie solaire, et en 2025, cela sera de 100 % de toute l’énergie, de jour comme de nuit.

« Israël n’est pas extraordinaire, mais la Arava a déjà réalisé une révolution », selon Abramowitz. « Ce que nous avons appris dans la Arava devrait être une leçon pour Israël et aussi pour le monde entier. »

Cet été, la société de Abramowitz a installé un champ de 40 mégawatts au Kibboutz Ketura, qui fournit un tiers de l’énergie d’Eilat pour les heures du jour. D’ici les cinq prochaines années, un terrain de 60 mégawatts sera construit à Timna à proximité, offrant à la région une totale indépendance énergétique.

Abramowitz a confié que des dirigeants africains ont demandé à le rencontrer ainsi que d’autres membres de la délégation israélienne afin de reproduire le succès de l’industrie solaire d’Israël dans leurs pays ensoleillés.

Durant la conférence également, le Premier ministre indien Narendra Modi lancera une alliance de plus de 100 pays « riches en soleil » qui se sont engagés à accroître l’usage de l’énergie solaire comme moyen de lutter contre le réchauffement climatique.

« Nous voulons illuminer les vie de nos peuples et propulser leur avenir », a déclaré Modi en octobre, selon le Times of India. « Mais, nous voulons le faire d’une manière que la neige du Kilimandjaro ne disparaîsse pas, que le glacier qui alimente le Gange ne recule pas et que nos îles ne soient pas condamnées, » a-t-il souligné.

Israël ne fait pas actuellement partie de l’alliance, mais il envisage de la rejoindre, selon Abramowitz.

La conférence de Paris a une importance accrue en raison de l’objectif de parvenir à un accord contraignant pour tous les membres de l’Organisation des Nations unies.

« Les négociations de Copenhague  [Conférence sur les changements climatiques en 2009]  et d’autres pourparlers de l’ONU [sur l’environnement] ont échoué pour plusieurs raisons », selon Abramowitz.

« La première est que le monde développé a dit, ‘Oh mon Dieu, le changement climatique, c’est mauvais pour tout le monde ! Arrêtons de brûler des mauvaises choses !’ Et le monde en voie de développement a dit, ‘Nous voulons sortir nos populations de la pauvreté. Vous ne pouvez pas nous dire quoi brûler et quoi ne pas brûler, parce que vous avez brûlé tout ce que vous vouliez pendant 100 ans sur la voie de la prospérité. Maintenant, nous allons brûler tout ce que nous devons brûler pour y arriver’ ».

Abramowitz a déclaré que le champ solaire installé par son entreprise au Rwanda, construit en forme du continent africain, réfute l’idée que la prospérité ne peut provenir que d’énergies « sales », comnme le charbon ou le pétrole.

Le champ solaire de 23,7 millions de dollars, construit en coopération avec la Power Africa Initiative du gouvernement americain, fournira au Rwanda de 8,5 mégawatts d’électricité, assez pour alimenter 15 000 foyers. Le champ solaire produit désormais 6 % de la production d’électricité du pays, sans aucune émission de gaz à effet de serre.

De plus, le champ a été construit en un an seulement, ce qui signifie que l’énergie solaire peut être disponible beaucoup plus rapidement que le gaz ou le pétrole, dont le developpement prend des années.

« Il y a eu une baisse de 80 % dans le prix de l’énergie solaire dans les cinq dernières années », a déclaré Abramowitz.

« C’est un miracle total. Les solutions technologiques ont été là. Une fois qu’elle devient économiquement viable et moins coûteuse, elle peut être beaucoup plus rapide à mettre en oeuvre, en particulier dans les pays en développement ».

« Ceci est un message d’espoir, ‘made in Jerusalem’, » a ajouté Abramowitz. « C’est la feuille de route sur comment un accord sur le climat peut être conclu. Vous pouvez continuer à croître, et nous allons soutenir cette croissance. »

Les récentes attaques terroristes du 13 novembre en France ont cassé l’ambiance de la conférence, pas seulement par les mesures de sécurité accrues, a dit Abramowitz.

Le terrorisme et la montée de l’État islamique sont maintenant au sommet de l’ordre du jour de chacun, et les changements climatiques peuvent aussi l’affecter. « Le passage aux énergies renouvelables parviendra à affaiblir les groupes terroristes qui dépendent des revenus du pétrole, » a-t-il estimé.

Netanyahu prendra la parole à Paris au moment où le mouvement vert en Israël gagne encore du terrain. Mercredi, pour la première fois, une candidate du Parti Vert, a prêté serment à la Knesset. La deputée Yaël Cohen-Paran de l’Union sioniste a remplacé le deputé Danny Atar, qui a démissionné pour prendre la tête du Fonds national juif.

Dans une interview au Times of Israel, l’ancienne directrice générale du Forum énergétique d’Israël et militante écologiste de longue date a dit que l’énergie solaire est « la vraie solution dont le monde a besoin. »

Israël a été également parmi les premiers pays à travers le monde à organiser une marche locale en faveur d’un accord pour le changement climatique.

La France a annulé l’important défilé qui devait se tenir avant la conférence à Paris en raison de problèmes de sécurité. L’organisation environnementale 350.org, qui examine les moyens alternatifs pour montrer le soutien du public en faveur d’un accord, recense environ 2 000 marches locales à travers le monde.

La plupart des villes organisent des marches ce dimanche, puisque la conférence commence lundi, mais puisque dimanche est un jour ouvré, Israël a accueilli des marches vendredi matin à Tel Aviv et autour du lac de Tibériade. Des centaines de militants ont rejoint les événements, qui ont été organisées par les groupes écologistes comme Association cycliste d’Israël, EcoPeace Middle-East, Greenpeace, et Green Course, entre autres, pour plaider en faveur des sources d’énergie propres et renouvelables.

Abramowitz a dit qu’il est optimiste quant à la conférence COP21 et estime que, après 11 jours de disputes et d’arrangements internationaux, les pays membres de l’ONU vont approuver un accord contraignant.

« Il y a un sentiment d’urgence chez tous les pays qui se réunissent à Paris, » a-t-il dit.

Même des pays comme l’Arabie saoudite sont préoccupés par le réchauffement climatique, qui traite de questions telles que le blanchiment des coraux en raison de la hausse des températures de l’océan, a souligné Abramowitz. « Plus personne ne conteste la science, tout le monde est à la recherche de solutions. »

« Je suis très conscient du fait que la signature [d’un éventuel accord global sur le climat] se fera pendant Hanoukka, la fête des lumières », a ajouté Abramowitz. « Peut-être que nous devrions tous attendre un miracle le 10 ou le 11 décembre. »

Publication originale : http://fr.timesofisrael.com/cop21-israel-fait-la-promotion-du-solaire-aux-pourparlers-de-paris/

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