Jusqu’à 70% du gaspillage urbain de l’eau pourrait être évité grâce à une technologie israélienne

Le gaspillage d'eau urbain peut être réduit

Nous avons tous été sensibilisés à la nécessité d’économiser l’eau, mais peu d’entre nous savent que le premier consommateur d’eau est… le réseau lui-même ! Même dans les pays développés, les chiffres ont de quoi faire frémir : entre 20% et 40% de l’eau injectée dans le réseau de distribution est perdue à cause des fuites, d’après une étude de l’OCDE. Et encore, ce taux peut grimper jusqu’à 70% dans les pays en voie de développement ! Une véritable passoire qui coûte cher aux usagers et à l’environnement.

Pour l’heure, la solution la plus courante est celle du contrôle périodique, « une fois par an, ce qui n’est pas suffisant », explique Zeev Efrat, PDG d’Aquarius Spectrum, jeune start-up israélienne spécialisée dans la détection des fuites, « mais il n’y a pas d’autre option ». Et encore, « peu d’infrastructures peuvent se le permettre », ajoute-t-il, « à cause du coût des équipements et de la main d’œuvre ».

Certes, des « compteurs intelligents » sont déployés depuis plusieurs années pour repérer en temps réel toute consommation inhabituelle, mais ils se révèlent insuffisants pour remédier à cet énorme gâchis. En effet, la fuite n’est détectée qu’a posteriori, lorsqu’elle a déjà entraîné une perte importante visible sur les relevés. Et le problème ne s’arrête pas là, car comment savoir où se situe exactement la fuite et éviter de déterrer inutilement plusieurs centaines de mètres de canalisations ?

C’est là qu’interviennent les experts d’Aquarius Spectrum, qui est bien partie pour révolutionner la distribution de l’eau. Leur solution ? « Ecouter » le réseau pour détecter en temps réel la moindre fuite avant qu’elle ne devienne problématique. Pour cela, ils ont développé un système de micro-capteurs acoustiques posés à intervalles réguliers sur les canalisations, pilotés par un logiciel avancé de détection des fuites.

L’analyse de l’onde acoustique, répercutée sur plusieurs capteurs à la fois via les tuyaux, permet de détecter et de localiser les micro-fuites, selon le même principe qui sert à localiser un téléphone portable en fonction de sa distance par rapport aux bornes qui l’entourent. Et le résultat est là : en plaçant un capteur tous les 300 à 500 mètres, une micro-fuite peut-être repérée et localisée avec une précision d’un mètre !

Ce n’est pas le seul avantage du nouveau système. Contrairement aux méthodes classiques, qui ne permettent qu’un suivi périodique et sectoriel, les capteurs contrôlent la totalité du réseau en permanence et en temps réel. Entièrement automatisé, le système est en outre capable d’apprendre et de comparer les signatures sonores des fuites pour améliorer sa précision. Les données recueillies sont mises à disposition des clients via une plateforme en ligne et peuvent être consultées sur une application pour smartphones, pensée pour simplifier les contrôles de terrain par les agents de maintenance.

Enfin, le coût de déploiement de la technologie est extrêmement bas et permet d’espérer un retour sur investissement en moins de deux ans, comme l’a démontré une installation pilote mise en service début 2011.

Si Aquarius Spectrum a pu élaborer cette solution simple et ingénieuse, c’est que son équipe n’en est pas à son coup d’essai. Son fondateur et ancien PDG, David Salomon – un ancien du Technion – s’est inspiré de ses 15 années d’expérience dans le secteur médical. Ses deux associés, Boris Greenstein et Prosper Dayan, sont des spécialistes de la détection acoustique et comptent respectivement 15 et 30 ans d’expérience dans leur domaine. Ils sont épaulés par un pôle recherche et développement qui emploie quatre personnes supplémentaires.

La technologie d’Aquarius Spectrum, qui s’adresse à tous les gestionnaires de réseaux de distribution d’eau, s’inscrit dans le contexte du développement des « réseaux intelligents », un marché qui devrait bénéficier d’une croissance de 20% par an entre 2013 et 2020, d’après une étude du cabinet Xerfi. En France, Aquarius Spectrum pourrait aider les communes, responsables de la distribution de l’eau, à atteindre les objectifs fixé par les Grenelle de l’environnement : un taux de fuite moyen de 15%, contre 25% aujourd’hui. A titre de comparaison, Israël émarge à 10%.

Aquarius Spectrum démontre aussi l’excellence des politiques publiques israéliennes en faveur de l’innovation environnementale. Son financement provient de Kinrot Ventures, un Capital risque créé en 1993 dans le cadre du Programme israélien d’incubateurs technologiques. Privatisé en 2006, le fonds se spécialise aujourd’hui dans le financement de start-ups proposant des solutions innovantes pour la gestion de l’eau.

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