Extrait de « Crise mondiale de l’eau – L’hydro-diplomatie » (p. 24-28)

Jusqu’au début du XXe siècle, de nombreux voyageurs en Palestine décrivent sa « désolation ». Or la Bible et le Talmud dépeignent la Terre d’Israël, avec la précision d’un traité de botanique et de zoologie, comme une terre couverte de forêts avec des milliers d’espèces. Au 1er siècle avant l’ère commune, l’historien Flavius Josèphe parle de la « pléthore de l’horticulture ». Lord Herbert Samuel, le premier Haut Commissaire britannique, écrit en 1920 que « malgré sa petite taille, le pays d’Israël recèle la variété d’un continent ». Plus de 2.600 types de plantes, des centaines d’espèces d’oiseaux, de reptiles, de poissons et de mammifères autochtones y ont été recensées. Les campagnes militaires des Romains détruisirent le pays et le vidèrent de ses habitants. Cela provoqua la déforestation et l’érosion des sols, accentuées lors des invasions arabes, puis sous occupation ottomane. Le même phénomène transforma une grande partie du Moyen-Orient en désert.

L’environnement de la région est fragile. Dès que la couverture d’arbres disparait, l’érosion des sols commence. L’agriculture irriguée, par suite du manque de pluies, salinise les sols et le désastre écologique frappe « le croissant fertile ». Le mouvement sioniste, qui prônait le retour à Sion, était conscient de ces phénomènes et l’une de ses premières tâches, dès le début du XXe siècle, fut de replanter des arbres. Israël est la seule région au monde qui a débuté le XXIe siècle avec plus d’arbres qu’au début du XXe.

Le premier recensement effectué par l’Empire ottoman en 1882 en Palestine (qui incluait aussi l’ensemble du territoire devenu la Jordanie) révélait une population de 350.000 habitants, dont 30.000 à Jérusalem, 10.000 à Jaffa, 6.000 à Haïfa, 10.000 à Hébron et 7.500 à Safed. Les autres agglomérations, y compris Nazareth et Gaza, n’étaient que des villages. Il faut y ajouter environ 20.000 Bédouins nomades, qui s’établissaient une partie de l’année sur le territoire de la Palestine. La population arabe était très hétérogène. En 1880, Laurence Oliphant, diplomate et anthropologue anglais, identifiait 9 groupes ethniques différents dans les villages autour de Haïfa. En 1918, selon le Journal Le Temps, Jérusalem comptait 70.000 habitants, dont « les musulmans formaient le huitième et les chrétiens le cinquième » (1). En 1931, 10% des arabophones étaient chrétiens. Lors du Mandat britannique, cette diversité augmenta encore du fait de l’immigration arabe. Tous les voyageurs et pèlerins des XIXe et XXe siècles, tels Lamartine, Mark Twain, Israël Zangwill, parlaient de désolation, d’abandon et de la misère de la majorité juive de Jérusalem. Jérusalem était connue pour sa puanteur jusqu’ en 1892 où le premier système d’égouts y fut mis en service par les Juifs.

L’année suivante, le premier train du pays fut construit par l’ancêtre d’Itzhak Navon, 5ème président de l’Etat de 1978 à 1983. Les pratiques de l’empire ottoman causèrent un désastre écologique sans précédent. La plupart des terres appartenaient à des féodaux résidant à Beyrouth ou à Damas. Ils prélevaient sur leurs fermiers une part énorme des récoltes. Les fellaheens n’avaient d’autre choix que de surexploiter les terres domaniales, les forêts en particulier, pour leurs élevages de chèvres. Cela les a détruites en bien des endroits, puis causé l’élimination de toute végétation. Les Ottomans avaient imposé une taxe sur les arbres, incitant de nombreux propriétaires à arracher des bosquets entiers d’oliviers. Enfin, durant la guerre de 1914-18, on estime que 30.000 hectares de forêts furent détruits par les armées turques pour leurs besoins de guerre. Divers mammifères et rapaces furent totalement exterminés par la chasse pratiquée sans aucune régulation, avec les fusils de précision récemment disponibles. Ainsi disparut le daim de Mésopotamie en 1912. Il fut réintroduit dans les années 1960 par Israël : une réserve fut mise en place dans les forêts du Carmel pour sa protection, les premiers animaux étant importés d’Iran.

Au début du XXe siècle, il y avait en Palestine 18.000 hectares de marécages où régnait la malaria. Le mouvement sioniste entreprit de réhabiliter la terre, pour laquelle les pionniers juifs, même communistes et athées, manifestaient un respect quasi religieux. Ils s’efforcèrent de maintenir les équilibres écologiques et de restaurer de nombreux écosystèmes. Le mandat britannique (1920-1948) permit un fort développement démographique et économique. La population juive fut multipliée par 10 durant cette période, malgré les nombreuses restrictions que les Anglais mirent à l’immigration juive. Celle des Arabes doubla, l’essor économique amenant des migrants de Syrie, du Liban, d’Irak venant profiter du dynamisme des entreprises juives et des salaires (plus du double de ceux pratiqués chez eux). Les Juifs construisirent le premier barrage hydro-électrique sur le Jourdain et les grandes villes du pays furent électrifiées. Les Anglais lancèrent des grands travaux : routes, une raffinerie de pétrole à Haïfa et l’oléoduc la reliant aux puits de pétrole d’Irak. L’amélioration des conditions sanitaires apportée par les Juifs entraîna une baisse de la mortalité infantile de plus de 90% entre 1925 et les années 1940 pour les Juifs et les Arabes.

(1) Le Temps, supplément Illustré de juillet 1922, intitulé « La Palestine nouvelle et l’effort sioniste

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