Préface du livre de Norbert Lipszyc  « Crise mondiale de l’eau – L’hydro-diplomatie »

Nous sommes heureux de préfacer le livre de notre ami Norbert Lipszyc, qui affiche et démontre un optimisme résolu en matière « d’histoires d’eau » pour Israël et ses voisins. Nous venons de publier un ouvrage de la même veine, qui analyse en France et dans le monde, les vraies ressources en eau de la planète, qui chiffre les besoins de l’humanité, notamment pour l’irrigation, et qui en tire des conclusions positives.

Alors que le « manque d’eau » actuel ou futur, est annoncé à longueur de pages ou de colonnes, cet argument ne résiste pas à l’examen attentif des ressources et des consommations globales réelles. D’où le titre de notre ouvrage : « Pour en finir avec les histoires d’eau – L’imposture hydrologique » publié chez Plon en 2012.

Mais commençons ici par un paradoxe : et si l’humanité devait tout (ou presque tout) au désert, au « manque d’eau », aux régions arides, au nomadisme, à l’élevage qui précéda l’agriculture, à la transhumance, aux déplacements dans des régions sèches, là où le regard peut porter loin, où la pensée peut se retourner sur elle-même pour des interrogations philosophiques ou religieuses, où l’observation des astres donne du sens à l’espace et au temps ?

Est-ce un hasard si Abraham a quitté Ur en Chaldée, puissamment arrosée par le Tigre et l’Euphrate, pour s’installer à Beersheva, aux limites du désert, où il creusa un premier puits ? Est-ce un hasard si son descendant Moïse écrivit le Décalogue au désert du Sinaï ? Les Dix commandements constituent le socle, la base éthique sur laquelle sont construites aujourd’hui toutes les déclarations des droits de l’Homme. Est-ce un hasard si Jean-Baptiste, puis Jésus de Nazareth ont fréquenté le désert de Judée ? Est-ce un hasard si Mahomet, bédouin du désert d’Arabie, a manqué d’eau entre Médine et la Mecque, pour lui ou pour ses bêtes ? On l’a compris : les trois religions monothéistes sont filles du « manque d’eau ».

Dans le même esprit, la Grèce et Rome, certes plus riches en eau, mais bénéficiant du climat méditerranéen, seul climat du monde qui soit sec en été, nous ont donné la Philosophie, la Mathématique, la Politique, la Démocratie, le Droit. Celui qui a dit que la civilisation européenne était la fille de la charité judéo-chrétienne, de la géométrie grecque et du droit romain », remarquait que le « Sec » est, si nous osons le dire, la vraie source philosophique ! La « Terre Promise » était aride. Il n’y a pas eu « d’Eau Promise » !

A nos yeux, ces réflexions ne sont pas des digressions pour traiter des problèmes cruciaux que rencontrent les peuples riverains du Jourdain et pour régler aujourd’hui le partage des ressources limitées dans un secteur où ne coule aucun grand fleuve comme en Egypte, en Syrie ou en Irak. Pour résoudre ces questions techniques et politiques liées à l’eau, il convient d’abord, de donner à la sècheresse une valeur positive !

Après ce retournement du regard, on peut se préoccuper des questions d’eau, ressource effectivement rare dans les pays riverains du Jourdain. On évaluera alors sereinement les usages prioritaires de l’eau et c’est dans cet esprit qu’a travaillé Norbert Lipszyc.

Il cite les systèmes déjà en place et qu’il faut développer, notamment le dessalement de l’eau de mer, que nous serions tentés de considérer comme une voie à privilégier. Encore un paradoxe qui n’est qu’apparent : la plus grande réserve d’eau douce, c’est l’eau de mer à condition de bien vouloir dépenser 0.50€/m3 pour la dessaler. Dans le cas d’Israël, cela permet d’attribuer aux Palestiniens et aux Jordaniens plus d’eau en provenance de leurs nappes phréatiques locales.

Norbert Lipszyc a raison d’affirmer que les pays arides n’ont pas vocation à développer une agriculture irriguée. Le marché mondial regorge de céréales produites dans les pays plus humides, sans irrigation, à des prix de revient imbattables. En revanche, l’élevage extensif, qui ne consomme presque pas d’eau y est possible, mais il lui faut beaucoup d’espace. Mieux vaut donc importer les produits agricoles. L’autosuffisance alimentaire est à la fois un leurre et un mauvais choix stratégique. La mondialisation permet à tous les pays du monde d’être dépendants d’autres pays pour tel ou tel bien ou service et réciproquement.

Et si, au lieu des « guerres pour l’eau » régulièrement vaticinées ici et là, s’imposait au contraire la Paix, à cause de l’eau ! Dès aujourd’hui, ou dans un avenir très proche.

C’est bien le sens du travail de Norbert Lipszyc. « L’objectif accepté par Israël est d’amener progressivement les Palestiniens à disposer de volumes d’eau par habitant comparables à celui des Israéliens ».

Puissent toutes les parties prenantes, les pays concernés, la communauté internationale et tous les hommes de bonne volonté partager cet objectif et le mettre en oeuvre.

Un grand pas vers la Paix aura alors été réalisé.

Henri Voron

ingénieur agronome,
professeur à l’Institut d’Ingénierie de l’Eau d’Ouagadougou (Burkina Faso)

Jean de Kervasdoué

Ingénieur agronome,
Professeur au Centre National des Arts et Métiers,
Ingénieur en chef des Ponts et des Forêts